J'aime me promener sur le marché. Surtout avec ma fille et, bien sûr, avec ma petite chienne Cana.

 

Depuis que j'ai gagné ma bataille contre l'AVC, qui m'a offert une magnifique embolie pulmonaire, toutes les occasions sont bonnes pour aller "traîner".

J'attends avec impatience le vendredi, parce que c'est LE jour du marché. Je suis réveillée et prête plus tôt que d'habitude. Vite, vite ! il faut installer le sac à provisions sur le dossier de mon char d'assaut, enfiler le harnais à Cana, nous préparer, ma fille et moi, et surtout, ne pas oublier le porte-monnaie et en route la troupe !

Pendant le trajet, ma fille fait le chauffeur, pendant je tiens les rênes de mon fauve. Il en faut de la poigne ! Cana tire comme une forcenée, se propulse vers les arbres (ses "pipi-rooms"), s'y arrête net pour repartir de plus belle. C'est tout un sport, les promenades avec elle. Il faut assurer, me direz-vous, parce que si je lâche prise, la miss prendrait la poudre d'escampette, et ce serait une partie de course poursuite, dans le style :

Cana prend son élan, traverse la foule (et oui, on se balade sur le boulevard de Ménilmontant !), poursuivie de près par une Mamounette rouge de confusion qui encourage sa fille : "Allez ! Vas-y ! Pousse ! Pousse !" et qui s'époumonne : "Reviens Cana ! Reviens !" ... Ouh ! le cauchemar .....

Mais penser que cela pourrait se passer comme ça serait loin de la réalité ...

Et oui ! Dès que la laisse s'échappe de mes mains, Cana, qui ne sent plus de résistance, marque un temps d'arrêt et ... revient sur ses pas, attend que je la ramasse, et c'est reparti pour un tour. Pas étonnant que mes bras se musclent. Et c'est tant mieux, parce que j'en ai besoin de mes bras.

Quand on arrive sur le marché, ma furie se calme.

Je connais presque tout le monde et c'est bien agréable de parler de tout et de rien, mais pas de ma maladie. C'est un des rares endroits où j'oublie que je suis handicapée et ça me fait un bien fou. Je suis comme tout le monde. Je fais mes achats, je plaisante avec le fromager. Le traiteur aussi est sympathique. Là où je préfère m'arrêter, c'est chez le maraîcher. Il est marrant. On l'entend crier de loin : "1 euro les bananes, 1 euro !". Ses fruits sont bons, ses légumes frais et surtout pas très chers. J'en profite pour faire le plein pour la semaine.

Un jour, le maraîcher me demande si je connaissais quelqu'un qui serait prêt à adopter un petit chien. Il m'explique que son voisin venait de décéder et que sa veuve veut se débarasser de son chien. Elle ne s'en occupe pas et c'est le maraîcher qui sort la pauvre bête après son travail. J'accepte de prendre la relève et il me présente une boule de poil hurlante, les yeux exhorbités. Franchement, quand je l'ai vu, il m'a fait penser à un poisson chinois, un de ceux qui ont de grandes nageoires et des billes à la place des yeux. Rien à voir avec Cana.

Ce jour-là, j'ai ramené en plus de mes achats, un Spitz. Sur son passeport, j'ai vu qu'il avait à peu près le même âge que celui de Cana. Son maître en avait l'acquisition dans un élevage en Irlande. Il l'avait baptisé Sosso. Nous avons tranformé son nom en Soho auquel il répond mieux. J'ai essayé de le faire adopter. Tout le monde le trouvait mignon, tout le monde le voulait, mais curieusement, personne ne voulait s'en occuper. Après trois essais, j'ai décidé de le garder.

Au début, c'était un peu compliqué. Cana faisait la tête. Elle devait sûrement avoir peur que je la délaisse. Pendant quelques jours, l'ambiance était tendue. Cana est une dominante et Soho a un sale caractère. J'ai souvent dû faire l'arbitre pour calmer le jeu. Maintenant ils ne peuvent plus se passer l'un de l'autre.

Soho était tout maigre et peureux. Maintenant, il a repris du poil de la bête.

Désormais, c'est accompagnée de mes deux chiens que je vais sur le marché et je vais directement voir le maraîcher pour qu'il puisse revoir son Sosso, comme il dit.

Grâce à Soho, je me suis fait un ami de plus.

 

SOHO